Mais une clameur le rappelle.
En son pays, on crie à l'aventure.
On craint pour une certaine manufacture,
fourmilière et prospère citadelle.

Son légitime propriétaire
Venu de Turquie, des Indes, ou de plus loin encore,
En fomente dit-on, la fuite arbitraire,
Vers une autre terre, une autre faune, une autre flore.

Or la fourmi, chacun le sait,
Fait savante industrie de minerais.
Elle ouvre bientôt une succursale
A vingt lieues de l'établissement principal.

Il en va ainsi de tous les voisinages.
Ils sont ailleurs, pourtant si proches.
- Foin du commerce les lois sauvages !
Nul insecte n'entendra le son d'autres cloches.

Halte là, Monsieur de la fourmi, vos mystères,
Vous entendez quitter nos cieux,
Mais on n'abandonne pas sans manière
Le sol de nos pères et de nos aïeux.

La fourmi proteste de sa bonne foi,
Invoque le respect de toutes les lois.
Sur son honneur elle s'engage
à demeurer au lieu de son premier arrivage.

- C'est assez, s'emporte notre légat.
Vous jurez ; je ne vous crois pas.
Foi de député, vous garderez ici.
Notre richesse et votre industrie.

- A la bonne heure, rétorque l'irrévérencieux.
Vous me tenez en suspicion.
Mais apprenez, Monsieur le fâcheux,
Que la loi protège mon institution.

La chose est entendue,
Mais le singe se rebelle,
A toutes les autorités, il en appelle
Pour que les promesses soient tenues.

Il jeûnera donc sans cesse ni fin,
Jusqu'à ce qu'on lui donne garantie
Par le sceptre, le sceau, et l'écrit.
Il escompte de sa requête un meilleur destin.

Sans désemparer il s'alite dans la galerie
Où les députés tiennent basse-cour.
Et devant force volailles et sa confrérie,
Il refuse toute chère pendant des jours.

On admire sa vaillance, on loue son coeur,
Mais le Royaume a l'esprit ailleurs.
Une fronde d'oisillons pépille contre un décret.
Le jugeant inique, elle en veut le retrait.

L'auteur du décret est un héron
Au plumage magnifique, au ramage majestueux.
De l'intelligence il se croit le fleuron.
- Je ne céderai pas, assure-t-il, présomptueux.

Mais la querelle a raison de son courage.
Et de plier par senatus-consulte.
Oisillons et éléphants exultent,
Tout comme la poule, volaille volage.

La voici désormais diserte
Au sujet de notre singe qui s'éteint.
Elle caquette tant et si bien
que tout le monde s'en alerte.

Le héron a l'oreille du Cheval, le souverain.
Il doit faire oublier sa retraite
Et la faiblesse de son âme d'airain.
Il compte ainsi tromper une colère insatisfaite.

Le Rat tient le héron en rival
Il ne faudrait pas que celui-ci seul profite
De cette affaire orientale.
Pour lui, elle est bénite.

Héron et Rat font donner leur garde,
En appellent aux alliances, à la cocarde.
On convoque et son consul et la fourmi.
Il s'agit de ne point bâtir autre logis.

Si bien qu'à la fin elle renonce.
On ne l'y reprendra pas.
C'est le cheval qui l'annonce
Au singe qui triomphe sans débat.

Prince ici, mendiant là-bas.
Il n'est nul besoin de sacrifice.
Rien ne vaut pour satisfaire son caprice
Que d'aiguiser l'appétit des rois