Au micro des journalistes, Jean-Marc Ayrault esquisse un "anti-libéral" qui me fait dresser une oreille. Une seule. Il est 14h15 à peu près.

Le discours est annoncé pour 14 heures 30.

Je songe qu'on entendra parler des "cahiers d'espérance". L'allusion aux cahiers de doléances révolutionnaires m'apparaît un peu pauvre. Ce genre de détournements fleure l'oeuvre de communication, un peu trop irrespectueuse de l'histoire. Certains hommages affligent plus qu'ils n'élèvent.

Est-ce ABBA que je devine, ou la reprise par Madonna ?

Je me demande quelle musique accompagnera l'entrée en scène de Ségolène Royal.

14h41 : Ségolène Royal traverse la salle en souriant. Je ne reconnais pas la musique. La journaliste de la Chaîne parlementaire commente sa tenue. Le commentateur souligne que la candidate est applaudie. Je m'en esbaudis.

Elle laisse passer quelques instants sous les ovations. Je l'attendais faire un geste, mais elle demeure un peu distante. Elle rompt le moment en commençant son discours.

14h45 : Tout commence par la démocratie participative. Au mot "espérance", la salle miaule.

14h46 : "le terrible poison du doute."

14h47 : "Une France qui se ressemble et qui se rassemble." Allitération un peu forcée.

14h48 : Très applaudi le "contrat présidentiel." Ou était-ce le "pacte d'honneur" ? Les juristes savent que les engagements dits "d'honneur" ne lient pas ceux qui les formulent.

C'est de bonne orthodoxie socialiste. Préférez une "charte" ou un "contrat" qui sonnent comme une modestie de l'obligation. c'est que l'obligatoire de la loi est à proscrire.

"Ensemble" est le mot qui revient sans cesse. Je renifle qu'on le trouvera dans la nouvelle formule.

Tiens, je songe que le morceau "Ensemble" de Sinclair, pourrait cousiner opportunément une telle campagne.

Évidemment. Il faudrait faire un petit effort
Pour que les choses s'améliorent :
Si l'on veut que la terre tremble,
Il faudrait qu'on s'y mette ensemble.

14h50 : Les "cahiers d'espérance".

Odile et Martine plus un "père de famille alsacien". Les pères n'ont pas de prénom. Mais Adeline, elle, a peur de retrouver son mari violent.

14h56 : Oui, l'économie en premier.

Et oui, les entrepreneurs doivent être reconnus, ainsi que la dignité du travail. Ségolène est "reconnaissante" aux entrepreneurs. Je dois avouer que commencer par une ode à l'esprit d'entreprise me surprend. Plutôt positivement. Cela ne manque pas de panache.

14h58 : "Relever le pays avec une spirale ascendante"

Hm. Parmi les mille plumes de Ségolène Royal, qui dois-je moquer ?

15h01 : Vraiment, les français "aspirent" à la réforme de l'Etat ?

Ségolène Royal se fait applaudir (sic) en évoquant le "gaspillage" et le "poids des administrations". Et en parlant de la "lourdeur" de l'Etat central.

Ah, quand même, les "fonctionnaires victimes". Maigres applaudissements.

15h04 : Non, vraiment, on peut applaudir le terme "péréquation" ?

"intelligences territoriales" : Ça ne vaut pas "l'intelligence de la main", mais reste compétitif.

15h06 : A bas l'Etat centralisé et la bureaucratie !

15h07 : "Les délocalisations dévorent l'emploi". Miam.

La finance n'est en rien la cause de l'augmentation des loyers. Le dire est vraiment médiocre.

Le "descenceur social", maintenant.

Et hop, je cite un prêtre. Fondateur d'ATD quart-monde, il faut dire.

15h10 : Ségolène s'associe à un cri. J'ai dîné avec un murmure, récemment.

15h11 : Le "juste prix" du travail ? Quelques langueurs marxiennes traînent encore.

15h13 : Et voilà, c'est la remise des prix subventions et allocations diverses.

Ah. Applaudissements qui se taisent lorsque Ségolène Royal explique que les allocations auront des contreparties en termes de recherche d'emploi et de résultats scolaires. Mais c'est que c'est qu'un "contrat" suppose des "obligations", contrairement à ce que l'on pourrait croire en écoutant les discours de la gauche, disons, traditionnelle.

Les retraites seront mensualisées et le minimum vieillesse aussi ! Applaudissements.

Ça, c'est du présidentiel ou je ne m'y connais pas.

Tout à mon écran, je n'avais pas noté combien Ségolène Royal lit son papier.

15h20 : Des "acquisitions-réquisitions" concédées aux communes ?

On renifle l'expropriation. Bien, je me prépare déjà à commenter une décision du Conseil constitutionnel.

15h21 : "valeur travail". Non, Marx bouge encore au parti socialiste.

15h22 : Le droit au diplôme ?

15h23 : Des "emplois-tremplins".

Je propose, pour ma part, des "emplois-trampolines". D'abord, ça permet de "rebondir", et ensuite, c'est bien plus amusant le trampoline.

15h26 : "Les cercles vertueux que j'appelle de mes voeux."

Avez-vous noté l'alexandrin blanc ?

15h28 : Je ne m'étais pas trompé sur l'enseignement. Mais, habile nuance, la candidate évoque l'école.

Et voilà les enseignants sur le "front de la citoyenneté". Et le front du savoir ?

Et bien, le savoir, ce n'est pas très participatif.

15h30 : "Droit à l'innovation pour les enseignants", "inspection rigides", Voilà l'émancipation pour les professeurs enseignants.

15h33 : Des "emplois-parents" ? Ai-je bien entendu ?

Et au delà du ridicule de la formule, qu'est-ce à dire ?

15h39 :

- Non.

- NON.

- NON !

- NON !

- Meuh !

15h40 : "Empoigner le problème à bras le corps."

Je cherche, je cherche.

Tiens, oui, il y avait aussi le "précariat".[1] Merci Aymeric

15h43 : "Culture, sport, voyage éducatif,..." mais toujours pas de "savoir" à l'école.

"La sanction, dès qu'elle vient tout de suite'", elle arrive dans pas longtemps.

Ségolène vient de faire applaudir le terme "militaire". Avec "entrepreneur", "gaspillages" et "bureaucratie", on a un joli parfum de renouveau.

15h47 : Discours interrompu par des :

- "Ségolène Présidente !", "Ségolène Présidente !", "Ségolène Présidente !", "Ségolène Présidente !", "Ségolène Présidente !", "Ségolène Présidente !", "Ségolène Présidente !", "Ségolène Présidente !", "Ségolène Présidente !", "Ségolène Présidente !"

Moi aussi, je m'ennuie

"Tous contre tous et chacun pour soi." En voilà de bonnes paroles de chanson.

15h50 : Karim de Toulon, n'aime pas les contrôle d'identité systématiques.

- Contrôle d'identité" = OUUUUH

- "France métissée" = OUÉÉÉÉÉ

15h51 : "J'ai entendu les graves problèmes de santé des jeunes."

Au stéthoscope ?

15h58 : "Une nouvelle fierté rurale"[2], grâce aux biocarburants et à la filière-bois.

Mazette.

15h59 : Ségolène Royal fait applaudir les "institutions".

Le Sénat réformé ? J'en doute. La Constitution exige que le Sénat valide les réformes qui le concernent.

Mais, hurlements de délire sur "le 49.3 sera supprimé".

La présidence de la commission des finances à l'opposition ? C'est très bien.

Referendum d'initiative populaire avec un million de signatures ? c'est moins bien.

16h02 : Brève interruption.

16h03 : Ségolène Royal s'est engagée à soumettre la réforme des institutions au référendum dans les six mois qui suivent son élection.

16h05 : L'Europe, enfin.

16h07 : Le silence s'impose. C'est nul.

16h09 : Ah bon "l'Europe fera reconnaître".

Et comment donc ? Comment peut-on assurer que l'Europe pourra imposer quoi que ce soit aux autres ? Au passage, pourquoi l'Europe ferait-elle une telle chose ?

Le dire est pathétique. L'applaudir est désespérant.

16h11 : La France.

"Une langue dont Fernand Braudel nous a enseigné la part qui est la sienne" ?

C'est bien, la langue française. En particulier lorsqu'elle est énoncée clairement.

16h15 :

- Non.

- NON !

- NON !

- OUI. (Il fallait être attentif)

- OUI !

- OUI !

- OUI !

Applaudissements orgasmiques.

16h22 : Habile et émouvante façon de dire que l'immigration africaine doit être modérée. En disant qu'il faut aider l'Afrique et en espérant que le destin des enfants des Africains sera en Afrique.

D'accord, les jeunes socialistes sont agaçants. Mais le discours fatigue un peu sur la fin.

16h26 :

J'ai peut-être l'esprit un peu mal placé, mais le mot "Palestinien" suscite de nourris applaudissements socialistes. Ils le sont moins à l'audition du mot "Israélien". Sauf lorsqu'on parle de familles. Car les Israéliens, semble-t-il, ont aussi une famille.

16h30 : "La Russie appartient, de plein droit, à l'espace de civilisation européene."

Qu'est-ce à dire ? Faut-il entendre que la Russie a vocation à faire partie de l'Union Européenne. "De plein droit" le laisserait croire. Mais "espace de civilisation européenne" est une formule qui ne dit pas grand chose.

16h31 : Vraiment, l'anti-américanisme est une constante au parti socialiste.

Ainsi, grand classique du genre, la précision : "Les américains, le peuple américain,..."

Car il est vrai que les dirigeants américains sont invariablement critiquables. Évidemment, le fait que les dirigeants procèdent d'élections ne semble pas effleurer l'ennemi de la dictature américaine.

16h37 : "La parole que je vous ai donnée."

En deux heures de discours ?

16h39 : Le discours s'achève sur l'ordre juste. Mais il s'achève enfin.

"Plus juste, la France sera plus forte."


Avant peut-être d'y revenir plus longtemps, je dois dire que ce discours ne m'est pas apparu déplorable.

Certes, je me suis beaucoup gaussé. Le genre du live-blogging veut ça. Mais je n'en ressort pas avec un sentiment de vacuité.

De là à ce que je me pâme devant l'efflorescence et de la qualité des propositions, peut-être y a-t-il un pas. Mais enfin, je ne dirais pas que l'épreuve fut calamiteuse.

Insuffisante, jugé-je cependant, pour lui assurer un nouvel élan d'opinion. Les propositions audacieuses ont un grain de classicisme un peu remâché. Si je devais retenir une chose surprenante, c'est le contrepoint pris à plusieurs reprises sur des totems et tabous de la gauche. Mais il n'est pas certain que cela plaise.


Notes

[1] Et merci Frednetik.

[2] Bientôt la "rural pride". Et une "marche de la fierté rurale" à Bruxelles.