Où sont les sondages de deuxième tour pour François Bayrou ?
Par jules, lundi 19 février 2007 à 11:23 - Commentaire de l'actualité politique - #362 - rss
Qui consulte, avide, les résultats des sondages d'opinion trouve mille choses à grignoter pour sucrer son café matinal.
Mais il est un fait qu'on n'apprend rien de l'Ifop, d'Ipsos, de LH2 ou de la Sofres, sur l'hypothèse d'un second tour opposant Nicolas Sarkozy et François Bayrou, ou Ségolène Royal et François Bayrou. Le candidat de l'UDF est oublié des questions de second tour, comme du reste Jean-Marie Le Pen.
Une seconde de réflexion, et mes bons lecteurs hausseront les épaules :
- A quoi bon produire une telle information, dès lors que les sondés manifestent leur intention de dégager un duel entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy ?
Qu'ils m'accordent quelques secondes de lecture, et je m'efforcerai de leur montrer qu'il s'agit d'une question d'équité autant que de pertinence de l'information.
C'est qu'en effet les résultats des sondages constituent des informations pour les électeurs. Il n'est nulle raison de songer qu'ils en négligent les enseignements.
On peut même faire l'hypothèse que les stratégies de vote sont ajustées au gré des anticipations sur les chances respectives des candidats.
C'est ainsi que je puis délaisser mon(a) candidat(e) préféré(e) pour lui préférer un candidat plus éloigné idéologiquement en escomptant que ce dernier passera le premier tour.
C'est ainsi encore, soupirera Lionel Jospin, que l'électeur de gauche a pu choisir de faire valoir l'aiguillon d'un vote exotique en 2002, bien persuadé de voir le candidat socialiste accéder au deuxième tour et vaincre.
Il n'est pas absurde, je crois, d'appliquer la théorie des jeux au comportement de l'électeur. Il prend sa décision en fonction de ses affinités idéologiques certes, mais également à raison des chances de victoire qu'il prête au candidat qu'il soutien. C'est pourquoi il a besoin de connaître les intentions de vote des autres joueurs. Dans ce cadre, les sondages offrent une information, certes imparfaite, mais qui autorise la spéculation.
La loi, du reste, qui prohibe la publication des sondages d'opinion reconnaît cette influence des sondages sur le choix des électeurs. C'est ainsi que la publication en était interdite une semaine avant le scrutin par l'article 11 de la loi du 19 juillet 1977. A la suite de la réforme de 2002[1], cette période d'ignorance a été réduite à la veille et le jour du scrutin.
- Mais alors, pourquoi une information sur le second tour ?
Une classique boutade de la science politique veut que dans une élection à deux tours, "au premier, on choisit ; au second, on élimine." Autrement dit, le choix entre les candidats de second tour ne se fonde pas sur l'adhésion mais sur le rejet. On élit le moins pire. En témoigne le scrutin de 2002 qui a vu des électeurs de gauche voter en masse pour le Président Chirac, nonobstant le peu de goût qu'ils avaient pour lui.
Et l'anticipation des candidats sur les chances respectives au second tour justifient ainsi un choix de premier tour. On a pu interpréter ainsi une part[2] du choix des militants socialistes pour Ségolène Royal lors des primaires : puisque les sondages indiquaient que Ségolène Royal était la mieux placée en cas de second tour contre Nicolas Sarkozy, il fallait la porter à la candidature.
Négativement, peut-on encore penser, il y a eu des électeurs pour choisir en 2002 Jean-Marie Le Pen au premier tour, certains, en toute hypothèse, que ce dernier n'avait aucune chance de l'emporter contre n'importe lequel des candidats au second tour.
Spéculons.
Si à ce jour, les sondages révèlaient[3] que François Bayrou devait l'emporter contre Nicolas Sarkozy lors d'un second tour, n'y aurait-il pas des électeurs pour estimer qu'il faut préférer au premier tour le candidat du centre plutôt que la candidate socialiste[4] ?
Autrement dit, parmi les électeurs indécis, les chances de gain au second tour peuvent constituer une information qui déterminent leur vote de premier tour.
- Certes, mais qu'en est-il de l'équité ?
C'est fort simple. En réduisant le choix de second tour à un choix entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy, on fait perdre mécaniquement une chance à François Bayrou d'infléchir le choix d'électeurs indécis dès le premier tour.
De la sorte, le choix Bayrou est plus incertain que le choix Royal. Ce qui peut conduire à préférer le choix Royal.
Ou si l'on veut, Ségolène Royal bénéficie d'une prime à la certitude face à François Bayrou[5].
Il s'agit donc d'une question d'équité devant l'information ; ce que, je crois, les partisans de François Bayrou ne nieront pas.
- Est-ce là tout ? Et Jean-Marie Le Pen ?
Ce qui vaut pour François Bayrou vaut pour Jean-Marie Le Pen. C'est une question d'équité pour le candidat, ses électeurs, et ceux qui ne sont pas ses électeurs.
Les électeurs de Jean-Marie Le Pen ont pu être déçus par le résultat de second tour de leur candidat en 2002. De sorte qu'ils peuvent délaisser aujourd'hui le choix d'un candidat dont l'élection paraît vouée à l'échec. Certains autres, à l'inverse, pourraient estimer que les risques sont trop élevés et infléchir de la sorte leur vote de premier tour.
Effet incertain de la publication donc, mais probabilité d'un effet.
Cette incertitude de l'effet d'une publication vaut encore pour François Bayrou. Car on ignore en réalité quel seraient les conséquences d'une mise en situation symbolique du candidat.
Placez-le au second tour, et il y en aura pour s'interroger sur la pertinence de leur choix. C'est, me semble-t-il, l'un des obstacles que rencontre aujourd'hui Ségolène Royal. Il n'est pas dit que ceux qui s'orientent aujourd'hui vers François Bayrou lui prêtent davantage qu'une vocation à regimber contre le système. François Bayrou constituerait un instrument de protestation électorale plus acceptable que Jean-Marie Le Pen.
C'est d'ailleurs le rôle que lui assignent les medias. Le sondage de l'ifop pour M6 intéresse les qualités de courage et d'indépendance. Ainsi que le traitement médiatique de ce dernier. Mais on notera qu'une minorité (44%) des sondés lui donne une stature de président. Je gage qu'il en irait autrement s'il figurait dans les sondages de second tour.
Par goût de l'équité, donc, et pour vérifier - ou tromper - les spéculations faites ici, j'espère[6] la publication des sondages de second tour qui intéressent François Bayrou et Jean-Marie Le Pen.
EDIT de 18H30 : Mes commentateurs me signalent qu'un sondage Ifop donne François Bayrou vainqueur en toute hypothèse au second tour, et à près de 16% d'intentions de vote au second. Avec ce genre de résultats, je gage que les autres instituts vont amender leurs questions.
Notes
[1] Il est cependant notable que cette réforme en date du 19 février 2002 n'est pas née des résultats du premier tour de l'élection présidentielle, mais d'une réaction à un arrêt de la Cour de cassation en date du 4 septembre 2001. Ce dernier avait écarté l'application de l'article 11 sur le fondement de la non conformité à l'article 10 de la Convention européenne des droits de l'homme sur la liberté d'expression.
[2] Mais une part seulement. Ségolène Royal proposait également quelque chose d'original.
[3] Ce que j'ignore tout à fait.
[4] L'hypothèse inverse est aujourd'hui moins crédible. Nicolas Sarkozy bénéficie d'une avance singulière dans les anticipations de second tour.
[5] En témoigne, selon moi, la certitude des intentions de vote mesurée par l'Ifop, largement défavorable à François Bayrou.
[6] C'est entendu, ma bouteille à la mer a peu de chance d'atteindre un rivage, et moins encore d'être débouchée. Mais on me pardonnera la solennité quémanderesse.



Commentaires
1. Le lundi 19 février 2007 à 12:19, par Jerome
2. Le lundi 19 février 2007 à 12:35, par YR
3. Le lundi 19 février 2007 à 13:05, par Celui
4. Le lundi 19 février 2007 à 13:14, par Cyrille
5. Le lundi 19 février 2007 à 14:08, par Lucas Clermont
6. Le lundi 19 février 2007 à 14:22, par jules (de diner's room)
7. Le lundi 19 février 2007 à 14:25, par Polydamas
8. Le lundi 19 février 2007 à 14:32, par jules (de diner's room)
9. Le lundi 19 février 2007 à 14:41, par Colin
10. Le lundi 19 février 2007 à 15:10, par brigetoun ou brigitte célérier
11. Le lundi 19 février 2007 à 16:24, par VinZ
12. Le lundi 19 février 2007 à 16:29, par Rubin Sfadj
13. Le lundi 19 février 2007 à 16:31, par Polydamas
14. Le lundi 19 février 2007 à 16:37, par jigso
15. Le lundi 19 février 2007 à 17:08, par Facultatif, coiffeur en ville
16. Le lundi 19 février 2007 à 17:34, par Polydamas
17. Le lundi 19 février 2007 à 18:22, par koz
18. Le lundi 19 février 2007 à 18:23, par Benjamin
19. Le lundi 19 février 2007 à 18:29, par JS
20. Le lundi 19 février 2007 à 18:39, par jules (de diner's room)
21. Le lundi 19 février 2007 à 18:46, par ep.fr
22. Le lundi 19 février 2007 à 18:47, par ep.fr
23. Le mardi 20 février 2007 à 11:27, par Lucas Clermont
24. Le mardi 20 février 2007 à 12:46, par Farid Taha
25. Le mardi 20 février 2007 à 14:38, par Vicnent
26. Le mardi 20 février 2007 à 23:58, par tardif
27. Le mercredi 21 février 2007 à 00:37, par Celui
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