Il a délaissé ses lunettes et se tient droit. Derrière lui, le drapeau français.

- Mes chers compatriotes, ...

"Amour et fierté de la France"

"La France, je l'aime passionnément."

Sauf quelques réserves - lutte insuffisante contre les conservatismes - Jacques Chirac est fier de son oeuvre. Il le répète à merci. Il évoque ainsi, nonobstant les débats du jour, que le chômage est "au plus bas". Un bilan bref de son action présidentielle, ce qui se justifie. Un bilan bien laudatif, ce qui se discute davantage.

Et sonnent les paroles attendues.

"Au terme du mandat que vous m'avez confié, le moment sera venu pour moi de vous servir autrement."

Voilà qui est dit.

"D'une manière différente, je continuerai à mener les combats qui sont les nôtres."

Ah bien. Jacques Chirac candidat encore. Car il est bien candidat à quelque chose. Je ne renifle pas en l'homme le goût du Conseil constitutionnel. Et j'imagine qu'il escompte porter son discours ailleurs qu'en France où il peut lasser.

Fermant la porte de l'Elysée, Jacques Chirac s'apprête à guigner un poste d'ambassadeur de la parole dans quelque institution internationale.


Après avoir écarté l'idée de prendre parti, quelques messages d'avertissement pour le débat électoral. Ils dessinent, en ombre, le profil du candidat préféré de Jacques Chirac.

Premier message : "Ne composez jamais avec l'extremisme." La discrète flèche que j'attendais contre Nicolas Sarkozy.


Second message : Il faut accepter la mondialisation et maintenir le modèle français en se réformant. Le modèle social doit être préservé. Je me demande s'il ne faut pas y lire un contrepied discret de la critique ronronnée de Nicolas Sarkozy sur ce même modèle.


Troisème message : L'Europe. Il est vital d'en poursuivre la construction. Jacques Chirac appelle au choix d'une Europe Puissance. Somme toute, l'Europe est un instrument de projection des intérêts nationaux. Et c'est ainsi que l'on fait Airbus et les difficultés qui l'accompagnent.


Quatrième message : La grandeur française. La voix de la France est au service de la paix et de la sécurité du monde. La France doit porter un message de tolérance. Traduction : Les gouvernement français doivent dire "droits de l'homme" toutes les dix minutes et recevoir les dictateurs en grappe.

Oh, la belle attaque du libéralisme, en passant. C'est, me semble-t-il, une fois encore, une petite morsure encore contre Nicolas Sarkozy.


Enfin, le défi de l'environnement. Bourdonnement vague pendant que je pianote.


Emotion chiraquienne : le plan se resserre sur le Président. Il déclare son amour à la France.

"Cette France qui n'a pas fini, croyez-moi, d'étonner le monde."

L'allocution est close.


Je suis déçu, encore. Le Président Chirac a rarement su faire vibrer mon âme politique.

Tiens, les mots me reviennent de François Mittérand pour ses derniers voeux. Ils résonnaient encore, je crois, dans la mémoire du Président Chirac.

"L’an prochain, ce sera mon successeur qui vous exprimera ses voeux. Là où je serai, je l’écouterai le coeur plein de reconnaissance pour le peuple français qui m’aura si longtemps confié son destin et plein d’espoir pour vous. Je crois aux forces de l’esprit et je ne vous quitterai pas."

On ne peut pas dire que les propos de Jacques Chirac ont la même ampleur. Peut-être aussi parce que je lui prête quelques intentions tacticiennes.


D'autres commentaires peu éblouis de mes amis Koz et Verel.