André Santini défend Cécilia Sarkozy
Par jules, mardi 14 août 2007 à 13:29 - Commentaire de l'actualité politique - #604 - rss
Mais contre quoi ?
Dans Libération aujourd'hui, Pierre Moscovici fait savoir que Cécilia Sarkozy pourrait avoir à répondre de ses actions devant la future - et probable - commission d'enquête sur les conditions de la libération des infirmières bulgares en Libye et sur les accords franco-libyens :
A partir du moment où elle a été une représentante personnelle du chef de l’Etat, et où elle a, semble-t-il, joué un rôle important dans leur libération et participé à la négociation, nous ne sommes plus dans la sphère privée, mais dans la sphère publique. Il paraît logique qu’elle explique son rôle à la commission d’enquête.
Réponse en trois temps du Secrétaire d'état chargé de la fonction publique sur RTL dont la mauvaise foi sort grandie et l'honnêteté au tapis.
Premier temps :
- C'est vrai qu'aujourd'hui les femmes, non pas politiques, partenaires de politiques ont un rôle tout à fait différent de celui de Tante Yvonne ou de Claude Pompidou. (...) Cécilia est une femme très moderne, indépendante. (...) Je suis toujours surpris de l'image qu'elle a chez les femmes, qui disent : "elle a raison, elle ne veut pas être bobonne, elle ne veut pas faire le yucca, le caoutchouc, elle veut pas être là quand on sonne, et bien c'est très bien."
J'avoue que l'argument laisse pantois.
A qui estime qu'un agent de l'État - fut-il occasionnel - doit rendre des comptes sur son action, le secrétaire d'état chargé de la fonction publique rétorque que la femme est moderne.
Pour démêler ce que l'art de la synthèse a pu rendre quelque peu obscur, revoyons l'argument au ralenti :
Selon Pierre Moscovici, lorsque l'épouse du chef de l'État agit pour le compte de ce dernier, elle doit souffrir le contrôle du parlement[1].
Selon André Santini, Pierre Moscovici a une conception ancestrale du rôle des femmes[2] car, de nos jours, celles-ci sont "indépendantes".
Si vous n'avez toujours pas compris, je suis au regret d'ajouter la conclusion : Le ministre ne répond pas à la question posée, ni ne s'exprime sur la position de Pierre Moscovici, mais se lance dans l'invective gratuite.
Et en parlant de modernité, je ne vois guère en quoi l'oisiveté chatoyante de la femme du chef de l'État trahit une évolution sensible du rôle de la femme. Et on jugera de l'indépendance au gré des activités diplomatiques de la dame[3].
Deuxième temps :
- Vous trouvez normal qu'on reproche à quelqu'un d'avoir libéré cinq femmes et un homme qui étaient dans les prisons lybiennes depuis huit ans ?
La suite montrera que le "quelqu'un" n'est pas Indiana Jones ; et pas davantage Luke Skywalker. La libératrice était, pour André Santini, Madame Cécilia Sarkozy.
Je peine à trouver un commentaire. De même que Richard Artz qui osait quelques réserves bafouillées avant de se faire interrompre pour le troisième temps.
Troisième temps :
- Tout le reste... Qu'est-ce qu'on a payé d'abord ?
- Ce n'est pas la question, essaye Richard Artz qui tentait d'obtenir une réponse.
- Ben voilà, c'est pas la question. On a pas payé. On a au contraire des commandes. Nicolas Sarkozy l'a dit, ça fait du travail pour les français et on libère des malheureux.
Essayant de rajuster mes bras chus deux seconde plus tôt, je les perds à nouveau.
Passons sur le "ben voilà, c'est pas la question. On a pas payé", et interrogeons-nous sur les sources de la certitude d'André Santini.
Sans vouloir faire offense à la fonction, il ne m'apparaît pas que le Secrétaire d'état en charge de la fonction publique a quelque titre pour connaître des missions diplomatiques accomplies pour le compte de la France. Je doute au reste qu'il soit convoqué devant la commission d'enquête pour apporter ses lumières. C'est pourquoi l'on peut juger avec un peu de surprise l'aplomb avec lequel André Santini professe l'absence de paiement[4].
On aura encore noté le lien établi entre la libération des personnes et la commande passée à la France. Ce qui justifie encore l'intérêt des parlementaires.
Mais surtout, on l'aura compris, le rôle de Madame Sarkozy, primitif objet de la question, a été noyé sous une avalanche de mauvaise foi.
Devant une telle prouesse, je me dois de déposer couronne et renonce temporairement à mon Prix de la mauvaise foi partisane 2007. Il est à disposition. Monsieur le Secrétaire d'état peut se servir. Il vient de l'honorer au delà de mes espérances.
Notes
[1] L'article 15 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 le souffle.
[2] "Monsieur Moscovici qui vit comme tous les socialistes dans le siècle précédent, n'a pas encore actualisé ses neurones."
[3] J'ai noté du reste qu'André Santini, qui respecte hautement le rôle des femmes, n'hésite pas à nommer l'épouse du Chef de l'État par son prénom ; ce qui dénote une absence de paternalisme remarquable.
[4] Je souligne en passant qu'une remise commerciale sur un contrat en cours pourrait s'apparenter à une forme de compensation ; ce qui est un paiement. La question de savoir à quelles conditions a été conclu l'accord entre la France et la Lybie ne manque donc pas d'intérêt.



Commentaires
1. Le mardi 14 août 2007 à 14:54, par Fresk
2. Le mardi 14 août 2007 à 15:00, par Pierre
3. Le mardi 14 août 2007 à 15:04, par jules (de diner's room)
4. Le mardi 14 août 2007 à 16:01, par Christophe
5. Le mardi 14 août 2007 à 16:03, par Christophe
6. Le mardi 14 août 2007 à 16:48, par ZooLive
7. Le mardi 14 août 2007 à 17:45, par Pierre
8. Le mardi 14 août 2007 à 17:53, par jules (de diner's room)
9. Le mardi 14 août 2007 à 18:58, par Clems
10. Le mardi 14 août 2007 à 20:33, par Monsieur Prudhomme
11. Le vendredi 31 août 2007 à 21:59, par nicolas sarkozy
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