A l'occasion de cette procédure, le Parti socialiste semble avoir décidé de démontrer que si le ridicule tue, c'est avec une désespérante lenteur.

Je passe sur la ligne officielle de l'abstention lors de la réunion à venir du Parlement du congrès. Elle ne sera du reste pas respectée[1].

Mais il s'est joint au vote d'une proposition de loi constitutionnelle visant à imposer la tenue d'un référendum lorsqu'un projet de loi "contenant des dispositions analogues ou autorisant la ratification d’un traité contenant des dispositions similaires à celles du traité ayant fait l’objet de la consultation".

Le texte - heureusement rejeté - n'était qu'une farce législative dont l'indigence ne doit pas tromper. Il s'agit bel et bien de l'instrumentalisation de la Constitution à des fins médiocres.

Mais voyons plutôt.


Notons tout d'abord que le texte de la proposition n'intéressait que le référendum issu de l'article 11. Autrement dit, les projets de loi référendaire "portant sur l'organisation des pouvoirs publics, sur des réformes relatives à la politique économique ou sociale de la nation et aux services publics qui y concourent, ou tendant à autoriser la ratification d'un traité qui, sans être contraire à la Constitution, aurait des incidences sur le fonctionnement des institutions".

En revanche, la consultation issue de l'article 89, qui intéresse la révision de la Constitution, n'est pas visée par la proposition. C'est autant pour l'argument du parallélisme des formes. Si l'on estime que ce qui a été refusé par référendum doit être accepté par référendum, autant pousser la logique à son terme.

Du moins, si c'est une question de principe et non pas d'opportunisme politique.

Notez en passant que le projet de modification constitutionnelle aujourd'hui en discussion n'aurait pas été intéressé ; il procède de l'article 89. Et le choix du congrès n'aurait pas davantage été interdit.


Ajoutez à cela que la proposition évoque de très nébuleuses "dispositions analogues" ou "dispositions similaires".

On ignore ce que sont, en droit, des dispositions analogues ou similaires. Si l'on voit bien ce que peuvent être des dispositions identiques, l'analogie ou la similarité supposent une interprétation ardue. Autrement dit, il s'agit d'établir le règne de l'imprécision dans une matière qui ne s'y prête guère.

Et qui en jugera ?

Le Conseil constitutionnel peut être amené à se prononcer par l'effet de l'article 54 de la Constitution, mais il n'est pas saisi sur ces griefs[2]. Il aurait donc fallu établir une procédure destinée à déclarer la similarité ou l'analogie préalable, sauf à risquer la censure pour n'importe quel texte voté dans une matière ayant fait préalablement l'objet d'un référendum.

Ce qui n'a pas été fait.


Lorsque l'on se prévaut de la pureté des principes, il n'est pas indécent de s'y consacrer avec rigueur.

Ladite proposition n'était guère qu'un texte de circonstance griffonnée sur un coin de table à l'heure du digestif. Et la défense du groupe socialiste présentée par Alain Vidalies n'est certainement pas à l'honneur d'un parti d'opposition.

On ne joue pas avec la Constitution lorsque que l'on invite à sa table la majesté de la souveraineté du peuple. C'est au moins une question d'honneur.


Notes

[1] Mais Jean Quatremer rapporte l'effarement de certains membres du Parti socialiste ; peut-être plus pour longtemps.

[2] Dans la décision du 20 décembre 2007, le Conseil s'est référé aux dispositions du Traité établissant une constitution pour l'Europe, mais en ce qu'elles étaient reprises par le Traité modificatif.