La faute du Nouvel Observateur contre la presse
Par jules, vendredi 23 mai 2008 à 12:29 - Mon amie la presse et mes amis des blogs - #876 - rss
C'est peu de le dire, je suis d'accord avec mon ami Koz.
En prêtant au Président Sarkozy des propos qu'il n'avait pas tenu, le Nouvel Observateur a franchi cette limite pourtant assez franche entre l'information et la désinformation. Et cela ne l'honore guère.
A la lecture de la brève publiée la semaine dernière dans l'hebdomadaire, le Président apparaissait vulgaire et grossier. Jean Quatremer, présent lors de l'entretien, s'en étonne et rétablit la teneur véritable du verbe présidentiel.
Bref, le nouvel observateur a publié une information fausse.
Et à vrai dire, on peut s'interroger sur les causes de cette bévue.
Jean Quatremer, encore, rapporte la réaction du Nouvel Observateur.
Sur la base des recoupements que nous avons réalisé jusque-là, il apparaît effectivement que cette information n'est pas avérée.
On sursaute.
Comme le dit bien Koz :
Ah oui, aussi : le Nouvel Observateur a "effectué des recoupements". Quels recoupements ? Ceux qu’il n’a pas envisagé de faire avant de publier l’information.
En effet, on se demande bien comment une telle falsification a pu résister à la collecte rigoureuse de l'information.
Première question. Par quelle voie étrange les propos tronqués sont-ils venus à la connaissance du Nouvel Obs ?
Seconde question. Comment la vérification nécessaire du fait rapporté n'a-t-elle pas révélé l'imposture ?
A chacune des questions, on aimerait avoir une réponse. Ne serait-ce que pour juger des méthodes mises en œuvre pour amener l'information à la connaissance du lecteur. Et corrélativement, du degré de confiance qu'on peut leur prêter.
On peut cependant spéculer un peu.
L'information n'a pas été vérifiée auprès des principaux protagonistes ; à savoir, les journalistes présents lors de l'entretien et le Président lui-même. En effet, outre l'improbable hypothèse de la confirmation d'un fait inventé, le Nouvel Observateur s'est fendu d'excuses à l'endroit de "toutes les personnes présentes lors de cette rencontre à l’Elysée". C'est dire que l'hebdomadaire ne s'estime pas lié à une source parmi ces personnes.
Et l'on peut alors se demander pourquoi.
Au plus près, un certain goût pour l'information croustillante. Songez, le Président proférant des grossièreté. Et, flottant alentour, le souvenir de l'adresse un peu inélégante du salon de l'agriculture. Ce "casse-toi connard" saisi par d'autres. Fait minuscule et succès médiatique inespéré dont on aurait voulu partager l'ivresse.
Un peu plus loin, peut-être, la substitution pratique de l'information crédible à l'information vraie. On connaît — ou l'on croit connaître — la verdeur du verbe sarkozien. Et il n'est pas malaisé de confirmer une rumeur par un préjugé. Mais il est regrettable que cette disposition prospère là où l'on fait métier de la production d'informations.
Au delà, une certaine désinvolture face aux exigences de la profession. Une question d'éthique, si l'on veut.
Pour tout expliquer, il y a, c'est l'usage, le recours au contexte de la production de l'information.
En vrac,
- La concurrence. Mais on se demande alors quel intérêt à reprendre à l'infini les mêmes dépêches.
- L'accélération du temps de production de l'information du fait de l'Internet. Mais Koz observe bien que le Nouvel Obs disposait de dix jours.
- Un affaiblissement de la rigueur journalistique qui prospère, encore une fois, sur Internet et contamine à son tour une presse traditionnelle aux abois. Mais il est permis d'observer qu'une fois encore, la fausse nouvelle vient de la presse traditionnelle. Et l'on peut ajouter que la correction fut faite sur Internet.
De sorte que ce sont plutôt les qualités professionnelles qui sont ici en cause. Et non point les menaces de l'environnement.
Mon ami Koz regrette déjà que le Nouvel Observateur ne souffre nulle sanction.
C'est en effet bien improbable[1].
Il en irait autrement peut-être si une instance disciplinaire devait voir le jour, comme on en discute à Lille aux Assises du journalisme. Pour qui s'en souvient, je ne suis pas hostile à ce genre de dispositif.
De fait l'impunité des fautifs, tout autant que les professions d'irresponsabilité qu'ils conduisent — invoquant tour à tour le rôle d'internet, le goût du lecteur à qui il faut bien donner ce qu'il attend et au mieux, une forme de responsabilité collective et impersonnelle — nourrissent chaque fois davantage la défiance du public.
Il est des professions dont la confiance est l'âme ; et cette confiance doit être chérie et protégée. Le Nouvel Observateur ne nuit pas tant au public qu'il a désinformé qu'à la presse qu'il emporte dans sa disgrâce[2].
Mais en l'absence de sanction, il faut se résoudre, comme Koz, à la désolation :
On peut juste penser que cet hebdomadaire a perdu l’honneur qui lui restait.
Pire que de perdre de son honneur, la presse perd des lecteurs. L'une des raisons, il faudra bien un jour y songer, réside peut-être dans la qualité de sa production et de ceux qui la font[3] .
Notes
[1] Quoique la diffamation à l'endroit du Président pourrait être soutenue sur le plan pénal. mais encore faut-il qu'il agisse.
[2] En ce sens, Jean Quatremer ne défend peut-être pas tant le Président Sarkozy que l'honneur de sa profession.
[3] Le programme des Assises du journalisme évoque le fait que deux tiers des journalistes n'ont pas suivi d'école. Un métiers peut s'apprendre par expérience, mais une formation académique n'est parfois pas à négliger.



Commentaires
1. Le vendredi 23 mai 2008 à 13:47, par alB.
2. Le vendredi 23 mai 2008 à 14:02, par Liberal
3. Le vendredi 23 mai 2008 à 15:10, par Le Monolecte
4. Le vendredi 23 mai 2008 à 15:57, par Vonric
5. Le vendredi 23 mai 2008 à 17:52, par MB
6. Le vendredi 23 mai 2008 à 19:16, par Clems
7. Le samedi 24 mai 2008 à 10:16, par Le Hibou
8. Le lundi 26 mai 2008 à 08:41, par Facultatif, coiffeur en ville.
9. Le lundi 26 mai 2008 à 13:55, par alB.
10. Le jeudi 29 mai 2008 à 20:07, par Lau
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