— Il y a nos lois républicaines, nos valeurs.

Comme, par exemple, la liberté matrimoniale, qui suppose le libre choix du conjoint.

— Je ne comprends pas que la non-virginité entre en ligne de compte dans une telle décision.

Lire le jugement et consulter un(e) juriste peut aider.

Mais il vaut mieux, semble-t-il, se prévaloir de son ignorance que de chercher à comprendre.

— Est-ce qu’on demande la même chose à un homme ?

On le peut. L'appréciation subjective des qualités substantielle suppose que la femme peut exiger la virginité de son futur conjoint. Et obtenir l'annulation du mariage en cas de défaut de virginité.

Observons au passage l'imprécision maladroitement - volontairement ? - entretenue du "on". Ce "on" qui demande la chose est le futur époux, qui a quelque titre à faire valoir sur la personne avec laquelle il compte s'engager. Mais l'usage de l'impersonnel laisse croire que ce sont les juges qui ont imposé cette exigence de virginité pré-maritale des femme, les juges et à travers eux, la société toute entière.

— Et même si on le faisait, comment pourrait-on le prouver ?

Apparemment, la question de preuve qui décide de tout.

Et bien, la preuve peut-être rapportée par tous moyens. Témoignages, présomptions, tout ce qui peut servir au juge pour asseoir sa convition.

Comme pour la femme, du reste. Rappelons à cet égard que la rupture de l'hymen ne résulte pas nécessairement d'une relation sexuelle. De sorte qu'on voit mal un juge s'appuyer sur ce seul fait pour en déduire le défaut de virginité ; et ce nonobstant les coutumes probatoires qui n'ont pas cours devant les juridictions civiles. Dans l'affaire de Lille, au reste, le juge s'est appuyé sur l'aveu de l'épouse ; non point sur la rupture de son hymen.

— La rupture d’égalité, elle est là.

Non, comme cela vient d'être dit.

— Je suis consternée de voir qu’aujourd’hui, il existe un décalage entre notre volonté de modernité et l’interprétation obscurantiste de certaines de nos dispositions.

Interprétation tout à fait libérale, bien au contraire. Les juges ne prétendent pas imposer aux futurs époux les raisons qui doivent guider leur choix, et les laissent déterminer les qualités qui sont attendues de l'un ou l'autre.

Pour l'obscurantisme, voire du côté de ceux qui se font un devoir de ne rien comprendre et de juger à la seule lumière de leur préjugé.

— D’un côté, notre gouvernement se démène pour faire avancer l’égalité entre les hommes et les femmes - je pense à la mission de Simone Veil pour inscrire cette mesure dans la Constitution - et de l’autre côté, vous constatez que, tout en respectant la loi, certaines décisions remettent en cause la liberté de la femme, sa liberté sexuelle, la liberté de disposer librement de son corps !

Rappelons à notre secrétaire d'état que la liberté sexuelle ne consiste pas à s'abandonner aux galipettes, mais aussi à ne point souhaiter pratiquer de relations sexuelles. Et la conservation volontaire de la virginité n'est rien d'autre que l'exercice de cette liberté.

Aussi bien, dès lors que celle-ci faisait l'objet d'un consentement, et ne résultait pas de la violence, on ne voit guère ce qu'il y aurait à redire.


Je recommande, bien sûr, la lecture de l'intégralité de l'entretien, qui parvient à instiller l'idée que le jugement participe d'une régression au même titre que la violence faite au femmes.

Et je me consterne de ce que les élites politiques, médiatiques et associatives, au lieu que de chercher à éclairer le débat public, se soient employés au contraire à le noyer sous une avalanche de préjugés douteux à l'endroit de l'islam, des femmes, des juges et du droit.

Aux olympiades de l'obscurantisme, il y aura décidément une concurrence sérieuse.