Cela n'interdit pas de se réjouir. Mais cela n'impose pas que l'on se félicite. Non plus que l'on en profite, ce qui n'est ni juste ni décent.

Et c'est pourquoi je ne partage nullement le bilan rapide de mon ami koz :

La justice impose aussi de dire qu’il y a à peine plus d’un an, Nicolas Sarkozy annonçait, dans son premier discours de président élu, que la France n’aurait de cesse d’obtenir la libération des infirmières bulgares, ainsi que d’Ingrid Betancourt.

...

14 mois plus tard, pour les infirmières bulgares et Ingrid Betancourt, contrat rempli.

Le rôle du Président Sarkozy dans la libération des infirmières et du médecin bulgares n'est pas contestable ; même si les instances européennes, qui ont œuvré avec discrétion pendant des mois ont pu trouver que leur rôle avait été singulièrement oublié. Et même si l'on peut trouver que la contrepartie diplomatique fut bien humiliante.

En revanche, dans la présente affaire, le Président Sarkozy n'a pas eu de part. La libération a été menée par l'armée colombienne, grâce à un agent infiltré. Sans prétendre à l'expertise en la matière, on peut imaginer qu'une telle opération a été initiée bien avant l'action de Président français.

On ne peut certes pas nier son engagement, mais de là à conclure que "le contrat a été rempli", il y a un gouffre.

A ce compte, Jules de diner's room s'engage personnellement à deux bonnes journées de soleil aux mois d'août. Et vous pouvez préparer vos médailles.


Bref, il est certain, comme le souligne Koz, que la bonne nouvelle va attirer toutes les convoitises politiques[1].

Après l’heure des félicitations va venir, aussi sûr que la confiture attire les mouches, l’heure des scénarios, des supputations, des politiques, des experts, comme de ceux qui, au fait des ficelles secrètes de l’affaire depuis leur parisienne chaise d’ordinateur, trouveront d’autres libérateurs, et dénieront la participation de ceux qui leur déplaisent.

De ma chaise mon canapé d'ordinateur, je ne vois guère d'autres libérateurs que les autorités colombienne. Et je ne leur nie aucune participation.

Mais je ne vois guère d'autres participants.

Ceux qui accompagnaient de leurs vœux — Président compris[2] — cet heureux dénouement, peuvent être admirés pour leur engagement. Mais le résultat du jour ne peut leur être décemment attribué[3].



NB : Il est permis de juger que ce billet manque au consensus nécessaire des réjouissances. Et signe ainsi la marque mesquine du mauvais coucheur.

Cependant, on me permettra de juger que l'appropriation politique et médiatique de cette affaire avait quelque chose d'embarrassant. De l'usage du seul prénom — "Ingrid" — d'une ancienne candidate aux élections présidentielles colombiennes à l'érection d'une figure de martyr, héroïne et victime.

Mais les martyrs ont une fonction politique et servent souvent mieux une cause qu'eux-mêmes. Et il en est toujours pour faire usage des martyrs ; de toutes les façons, même les moins nobles[4].


Notes

[1] Autant que médiatiques, d'ailleurs. Dès ce matin, la presse s'interroge sur son rôle, non sans un peu de rengorgement parfois.

[2] Et pour faire bonne mesure, Bertrand Delanoë, ce matin, sur Europe 1.

[3] Ce que le Président français, au reste, n'a pas fait.

[4] En ce sens, me semble-t-il, le billet lapidaire de mon ami Authueil.