Je suis d'accord avec mon ami Koz sur bien des points.

Les résultats serrés ne promettaient pas une légitimité d'airain à Martine Aubry[1]. Quoiqu'on en dise, l'alliance des motions contre Ségolène Royal n'a pas su trouver de traduction électorale nette. De sorte que le succès du maire de Lille apparaît davantage comme le fruit de manœuvres d'appareil que comme celui d'une personnalité destinée à représenter le Parti socialiste.

Avec des conséquences inquiétantes à l'intérieur du parti mais également sur l'opinion ; et en particulier l'électorat de gauche.


Mais le pire, sans doute, tient aux contestations qui s'élèvent et aux accusations de fraudes qui sont nées au cours de la nuit.

Quelle que soit la suite des évènements, il règne un parfum de désastre.

Si des fraudes devaient être démontrées, le Parti socialiste souffrirait longtemps d'une image de moralité douteuse qui pèserait tout autant sur les fraudeurs que sur leurs adversaires. Sans compter que l'affaire pourrait se résoudre en justice, avec le temps long qu'elle impose à l'attention médiatique. Voir pendant des mois avocats et parties jeter à la curiosité du public des bordées de turpitudes ne favorisera sans doute pas le jugement que peut se former le "peuple de gauche" sur le Parti socialiste.

Si les fraudes alléguées ne pouvaient être démontrées, il demeurerait un nuage méphitique de suspicion. Car les doutes sur la régularité du scrutin ne pourront être levés par l'absence de preuve. Une leçon que l'on tire de la force des rumeurs.

Au parti socialiste, les perdants se départiront difficilement du sentiment que la victoire leur a été volée. Ce qui ne favorisera pas l'apaisement. Il faut se souvenir de la fracture qui a suivi les élections américaines de 2000[2]. L'élection contestée de George W. Bush a suscité à son égard une animosité durable dans l'opinion démocrate. Ce qui ne lui a pas interdit de vaincre quatre années plus tard, mais en creusant les divisions au sein de l'électorat. On imagine difficilement le Parti socialiste survivre à une telle rupture. A tout le moins, son avenir électoral en sera-t-il longtemps affecté.

Dans l'opinion, l'impression confuse qu'un voile pudique aura été posé sur des manœuvres mesquines. Mais également un jugement sévère sur l'infantilisme des partisans de Ségolène Royal dont les récriminations signent les mauvais perdants.

Bref, nul n'en sort grandi et le parti socialiste en charpie.


Pour l'avenir proche, on peut concevoir un certain nombre de scénarios.

L'organisation d'un nouveau scrutin paraît difficile, mais un rejet pur et simple des récriminations des partisans de Ségolène Royal pourrait entraîner des réactions abruptes.

Une action en justice, tout d'abord, avec les conséquences politiques que l'on peut imaginer.

Le départ de Ségolène Royal du Parti socialiste, ensuite. On sait l'ancienne candidate prompte aux décisions brutales. Et, comme le souligne mon ami Koz, elle a su mettre en place une structure parallèle au Parti socialiste susceptible de lui faire concurrence. Avec, songeons-y, une ligne claire d'alliance avec le Modem. Donc, quelques chances électorales.

Un apaisement peut également résulter de quelques heures de négociation. Mais il faudrait donner des gages élevés à Ségolène Royal et ses partisans. Ce qui s'imposera peut-être, mais plongera le Parti socialiste dans une glaciation éruptive.


Et les vainqueurs du scrutin du Parti socialiste sont donc — dans l'ordre alphabétique :

François Bayrou, Olivier Besancenot et le Président Sarkozy.

La longue nuit du Parti socialiste n'a pas eu lieu hier. Elle a commencé ce matin.



Notes

[1] Il convient de noter que le taux de participation n'est que de 58%, ce qui témoigne tout de même d'une forme de méfiance à l'égard d'un scrutin qui promettait tout de même d'être serré et devait mobiliser les troupes.

[2] Une analogie évoquée par Benoît Thieulin sur Twitter.