Sans doute le Parti socialiste hésite-t-il à prendre position pour un homme sur lequel pèse le soupçon de l'opinion publique. C'est qu'il ne fait pas bon s'associer à un destin incertain. Et un franc soutien venu des instances officielles aurait l'allure d'un jeu de coterie.

Voyons les choses telles qu'elles peuvent apparaître à la lecture de la presse : la suspicion pèse que des détournements d'argent aient été entrepris pour financer les goûts dispendieux de Julien Dray. Voilà des pratiques auxquelles on peut souhaiter ne pas associer la rue de Solferino. Toute marque d'indulgence fleurerait alors la complicité morale.

D'où un mutisme qui peut sonner comme une forme d'abandon.

Certes, le Parti socialiste pourrait faire valoir avec plus de vigueur le respect de la présomption d'innocence et souligner la rapidité avec laquelle la presse accompagne les prémisses d'une affaire aujourd'hui bien incertaine.

Mais il est un fait que toute tentative en ce sens peut souffrir des interprétations défavorables. Soit que l'on en déduise une forme de connivence. Soit, au contraire, que l'insistance sur la présomption d'innocence ne soit interprétée comme l'aveu d'une culpabilité future.

En témoigne le propos maladroit de Pierre Moscovici sur RMC :

— Il ne faut pas lyncher Julien Dray par avance.

Doit-on entendre qu'on pourra le lyncher plus tard ?


La situation n'est sans doute pas si aisée pour les instances du Parti.

Qu'elles soutiennent Julien Dray, ne serait-ce que d'un doigt et avec mille précautions, et il en sera pour juger que les affairistes marchent main dans la main avec les affairistes.

Qu'elles ignorent l'affaire en la rejetant du côté de la vie privée de l'intéressé, et l'on dira que le Parti socialiste se soustrait bein facilement à ses devoirs, notamment au regard de la présomption d'innocence.

Qu'elles louvoient, et l'on en trouvera pour prêter au Parti socialiste l'un ou l'autre des comportements ; peut-être les deux ensemble. Il n'est pas si facile de trouver une ligne claire dans un océan de défiance.

Tout bien considéré, le silence du Parti socialiste n'est peut-être pas aujourd'hui la pire des stratégies de communication. Même si elle n'est pas très charitable pour le député de l'Essonne. Un silence nécessairement provisoire, cependant, pour ne pas risquer d'être emporté par le fleuve de l'opinion et de la presse.


Ce qui fait la difficulté de la tâche pour le Parti socialiste constitue une opportunité d'or pour l'UMP.

Soutenir un adversaire politique fleure la noblesse d'âme. Ajoutez à cela que l'on peut chatouiller la presse sur son comportement de meute en chasse — une exigence de la profession qui n'est guère appréciée de l'opinion publique. On peut encore profiter de l'occasion pour nourrir l'embarras du Parti socialiste. Tout ceci pour un risque politique nul.

Sans être du grand art, jugeons que ce n'est pas mal troussé.


Un mot sur l'éthique.

Le titre 15 des statuts du Parti socialiste annonce une charte éthique :

Le Parti socialiste est doté d’une charte éthique afin que la transparence, le respect des lois, soient assurés par tous, militants et élus.

C'est le seul article de ce titre, et la charte promise est introuvable.